Des pères sans garde rencontrent un juge à Weinfelden pour discuter de leur situation
Saint-Gall Tagblatt, 10 octobre 2007,
Andreas Fagetti
Leurs histoires diffèrent, mais ils se battent pour la même chose : la garde partagée. Huit pères ont convoqué un juge à une audience à Weinfelden la semaine dernière.
Bien que certaines mères n'aient pas la garde de leurs enfants, ce sont généralement les pères qui en sont exclus après un divorce ou une séparation, si leur ex-conjointe le souhaite. Même les modalités de visite et de vacances fixées par le tribunal sont parfois inefficaces. Bien que le parent gardien puisse être condamné à une amende, voire à une peine d'emprisonnement, le droit de visite est rarement appliqué, soit par souci de l'intérêt supérieur de l'enfant (autorités), soit par crainte de perdre tout contact avec lui (pères). L'association « Pères sans garde » témoigne de ces situations. En Suisse, près d'un tiers des couples divorcés optent désormais pour la garde partagée, et les enfants peuvent assister aux audiences. Cependant, « Pères sans garde » constate également un décalage entre la théorie et la pratique dans ce domaine.
Peu de volonté de faire des compromis
Des pères comme Patrick Baumann, d'Arbon, le savent que trop bien. Ils se battent pour des réglementations légales claires – à minima, la garde partagée comme norme. Leur dernière revendication va plus loin : la garde partagée comme norme. La garde partagée – telle qu'elle existe aux États-Unis – signifie non seulement un partage des responsabilités parentales, mais aussi une répartition égale des soins, un élément de discussion essentiel lors des procédures de divorce. Car malgré un engagement avéré et une volonté de réduire leur temps de travail et de s'investir davantage dans la garde des enfants, certains pères se heurtent à peu de coopération, même de la part des autorités. « Ils ont souvent une vision dépassée de la famille », déplore Herbert K.*. Il explique qu'autrefois, on reprochait aux pères de ne pas participer à l'éducation et aux soins de leurs enfants. « Et maintenant, alors que de plus en plus d'hommes s'impliquent dans l'éducation et les soins de leurs enfants, ils s'accrochent désespérément à des idées archaïques. C'est tellement dépassé ! » Mais il en est certain : les jeunes femmes ne considèrent plus la garde partagée comme un enjeu de conflit. Lorsqu'il a récemment recueilli des signatures à Wil pour une pétition en faveur de la garde partagée, toutes les jeunes femmes ont signé sans hésiter.
Nouvelle loi sur le divorce ?
Des efforts sont actuellement déployés à Berne pour réviser la loi sur le divorce. Une proposition est en cours d'élaboration. Cependant, la question est très controversée. La méfiance et les débats passionnés persistent sur la scène politique. Les clivages transcendent les clivages partisans, y compris parmi les femmes. Au sein même des partis, les lignes de fracture sont plus nettes : la gauche s'oppose majoritairement à la garde partagée comme norme légale, tandis que les partis de centre-droit la soutiennent.
Exécuté en justice
Pour Herbert K., le changement de loi arrive de toute façon trop tard. Lorsqu'il entrera en vigueur, ses enfants seront déjà adultes. Vivant en concubinage avec sa compagne, il se trouvait dans une situation particulièrement difficile au départ. Mais il s'est battu avec ténacité et a finalement obtenu gain de cause en intentant une action en justice pour faire respecter un droit de visite, suite à la violation de celui-ci par son ex-compagne. « Je le recommanderais à tout le monde », déclare-t-il ce soir au restaurant Löwen à Weinfelden. Cependant, il ne souhaite pas attendre que la justice lui soit favorable. Il interroge donc le juge du tribunal de grande instance de Thurgovie, disponible ce soir pour un échange et des informations : « Ne pourrait-on pas constituer une commission réunissant toutes les parties concernées afin de faire évoluer la pratique actuelle en faveur des pères désireux de participer à la garde des enfants ? » Toutes les questions du groupe de pères sont accueillies avec bienveillance par le juge. Mais guère plus. Il ne peut rien leur promettre. Et il confronte certains des souhaits exprimés ce soir à la réalité.
Au détriment des enfants
Néanmoins, les huit pères sont satisfaits pour le moment. Un décideur a pris le temps de les écouter. Peut-être qu'une solution sera trouvée. Prenons l'exemple de Robert S.*, qui s'occupait principalement des enfants pendant que sa femme poursuivait sa carrière. Il est actuellement en médiation. Il souhaite obtenir la garde partagée. Mais sa femme refuse catégoriquement, même si elle reconnaît que son mari est un bon père.
L'histoire de Samuel B.* le touchera peut-être. Lui aussi prend soin de ses enfants. Il habite le même quartier, à quelques mètres seulement de l'appartement de son ex-femme. Un dimanche soir, la police a débarqué à l'improviste chez lui et a exigé qu'on lui remette les enfants. C'était leur mère qui les avait envoyés. Samuel B. était déconcerté. Jusque-là, les enfants avaient l'habitude d'aller à l'école depuis l'appartement de leur père le lundi matin après une visite le week-end. De telles histoires révoltent les pères. Ils se sentent à la merci d'un pouvoir arbitraire. Si le parent qui a la garde détient tous les atouts et abuse de son pouvoir, il éloigne les enfants de l'autre parent. Et cela, selon eux, est préjudiciable aux enfants.
*Les noms ont été modifiés par la rédaction