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« La violence structurelle de l’État est parfois encore pire que la violence domestique », affirme Oliver Hunziker, directeur de la Maison des Pères. (Image : PD)
La maison des pères entre les arrêts
Sous le nom de « ZwüscheHalt », l’association « Élever des pères et des mères de façon responsable » (VeV) gère une maison privée pour les pères et leurs enfants. Ils y trouvent aide et soutien face aux difficultés liées à la séparation et au divorce. La première maison des pères en Suisse a ouvert ses portes le 10 décembre 2009, Journée internationale des droits de l’homme. Elle est située près d’Aarau.
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Monsieur Hunziker, combien d'hommes ont trouvé refuge chez vous l'an dernier ? Nous avons accueilli 21 hommes, 9 garçons et 2 filles. Ils ont passé au total 387 nuits chez nous. Les consultations psychologiques sont particulièrement demandées. Nous en avons mené plus de 600. Tout se passe donc très bien, même si, dans notre cas, il est difficile de se réjouir pleinement lorsque la maison est pleine. Après tout, derrière chaque personne accueillie se cache une histoire tragique.
Quels types de cas avez-vous rencontrés ? Nous avons eu des cas d’agressions physiques, mais surtout des cas de violence psychologique. Celle-ci aussi peut engendrer des situations insupportables pour les hommes et les enfants. Nous ne présumons pas que les auteurs de ces violences soient fondamentalement mauvais. Souvent, des difficultés personnelles comme la maladie ou le chômage peuvent les amener à recourir à la violence.
Y a-t-il eu des cas particulièrement difficiles ? Tous les cas sont extrêmes, surtout quand je vois les souffrances des enfants. Un cas marquant concerne un homme victime de violences psychologiques et physiques de la part de sa femme. Il est arrivé dans notre foyer pour pères et, dix jours plus tard, il a dû comparaître devant le tribunal pour une séparation de corps. Lors d'une audience sommaire d'une demi-heure, son appartement et son enfant lui ont été retirés.
Le tribunal a-t-il cru la femme plutôt que l'homme ? Oui. La garde de l'enfant lui a été confiée, bien qu'elle fût hospitalisée en psychiatrie à ce moment-là. Malheureusement, il arrive trop souvent que la version des faits de la femme soit privilégiée par rapport à celle de l'homme. La violence structurelle de l'État est parfois pire encore que la violence conjugale.
Vous avez évoqué la situation des enfants. Beaucoup de pères amènent-ils leurs enfants avec eux ? Les hommes n’emmènent pas leurs enfants aussi facilement que les femmes, même s’ils en ont la garde. Il faut un effort considérable avant qu’un homme ose franchir le pas et venir dans notre établissement. À ce moment-là, la situation est déjà tellement désespérée que les enfants aussi veulent partir. On voit bien qu’ils souffrent. Ils sont désorientés et traumatisés par les circonstances.
Les enfants bénéficient-ils d'une prise en charge particulière ? Non. Nous leur offrons un hébergement. Toutefois, les pères doivent s'occuper eux-mêmes des enfants. C'est essentiel. Ils ne doivent confier leurs enfants à personne d'autre. Nous les soutenons tous deux et les aidons à trouver des solutions à leur situation.
Votre soutien a-t-il souvent porté ses fruits ? Difficile à dire. Beaucoup d’hommes retournent auprès de leurs femmes, et certains reviennent au bout de quelques semaines car la situation familiale est trop compliquée. Nous parvenons à les motiver à reprendre leur vie en main.
Des projets d'agrandissement sont-ils déjà prévus pour la Maison des Pères ? Oui, nous souhaitons nous agrandir le plus rapidement possible. Cependant, nous devons trouver les ressources financières nécessaires. Actuellement, nous sommes financés à 100 % par des fonds privés.
Les cantons sont-ils disposés à investir ? Pour l'instant, rien n'indique qu'ils participeront. Nous travaillons actuellement à l'obtention de contrats de service. Notre collaboration et notre réseau avec les institutions sociales des cantons d'Argovie, de Zurich et de Berne sont déjà bien établis. Nous sommes convaincus de l'immense besoin de nos services, d'autant plus que les derniers chiffres de l'Office fédéral de la statistique montrent que 25 % des cas de violence domestique sont commis par des hommes. Ce constat change la donne et explique pourquoi les hommes sont désormais plus enclins à nous contacter.
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